Generation Africa - ONG Internationale

SIDA : EN AFRIQUE DU SUD

L’Afrique du Sud est le pays qui compte la plus forte population de personnes vivant avec le VIH : 5,7 millions (ONUSIDA, 2008).

L'Afrique du Sud compte plus d'un adulte infecté sur 10. 

Plus de 29% des femmes enceintes accédant aux services de santé publique ayant été dépistées positives au VIH en 2008 (Ministère de la Santé, 2009). Et pour l'heure, rien n'indique un recul du VIH chez ces femmes depuis plusieurs années.

1 million de Sud-Africains ont besoin de médicaments pour empêcher le développement de la maladie et la mort, mais seulement 10% sont soignés.

En raison des répercussions de l'épidémie du SIDA sur la production, et du coût de la lutte contre la maladie, l'économie sud-africaine pourrait être, en 2010, de 17 à 20% inférieure à ce qu'elle aurait été sans le syndrome (Etude effectuée par 2 économistes américains : M. Jeffrey Lewis de la banque mondiale et Mme Channing de Purdue university).

Le SIDA accentue la pauvreté tandis que l'accès restreint aux services de santé et le faible niveau d'éducation ont tendance à faciliter la progression de la maladie.

SIDA : EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE

En Afrique subsaharienne, l’épidémie a rendu orphelins plus de 14 millions d’enfants. (ONUSIDA, 2008).

L’Afrique subsaharienne est la région la plus touchée et abrite 67% de l’ensemble des personnes vivant avec le VIH dans le monde et 91% du total des nouvelles infections parmi les enfants.

On estime qu'un adulte sur 20 en Afrique subsaharienne vit avec le sida.

En 2008, on estime que 1,9 million de personnes ont été nouvellement infectées par le VIH en Afrique subsaharienne, ce qui porte à 22,4 millions le nombre des personnes vivant avec le VIH.

En 2008, on estime à 1,4 million le nombre de décès dus au sida survenus en Afrique subsaharienne, soit 72% des décès mondiaux.

Dans les neuf pays de l’Afrique australe les plus affectés par le VIH, la prévalence chez les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans est en moyenne trois fois plus élevée environ que chez les hommes du même âge (Gouws et al., 2008).


par John DYSON - Sélection du Reader’s Digest
(Février 2004)
Alors que l’épidémie continue sa progression en Afrique subsaharienne, un pays a inversé la tendance.
Pour Fiona Kyomugisha et son fiancé Julius Lukwago, amour rime avec prudence. Julius est tombé amoureux de Fiona lors d’une compétition de ping-pong. Cet étudiant en agronomie à l’université Makerere de Kampala, en Ouganda, fut séduit par le sourire et la silhouette élancée de la capitaine de l’équipe féminine. Mais il était bien trop timide pour oser se déclarer.
Un jour, Fiona, étudiante elle aussi, dit au jeune homme, mine de rien : Tu sais que tu as tout pour faire un bon mari, Julius…
Alors, rassemblant son courage à deux mains, il se lança : Fiona, veux-tu m’épouser ?
Deux mois plus tard, pour son anniversaire, Fiona lui offrit une photo d’elle encadrée, en travers de laquelle elle avait écrit : « Oui. »Tous deux âgés de vingt-quatre ans, Julius Lukwago et Fiona Kyomugisha forment un couple moderne, à ceci près qu’ils sont vierges et entendent le rester jusqu’à leur mariage.

Pourquoi, de nos jours, en Ouganda, l’amour rime-t-il avec prudence ? A cause du SIDA.
Le VIH fait aujourd’hui des ravages dans les pays de l’Afrique subsaharienne, où on estime à 2,4 millions le nombre de décès qu’il a causés en 2002 et à près de 30 millions celui des personnes contaminées. La maladie a provoqué la chute de production agricole, l’encombrement des hôpitaux, un recul de l’espérance de vie et laissé des millions d’orphelins.

Pourtant, on observe en Ouganda une baisse des taux de mortalité et d’infection. En jouant la carte de la prudence et de la fidélité, et en refusant de considérer le SIDA comme une maladie honteuse, les Ougandais ont mis au point un « vaccin social » particulièrement efficace, comme l’explique Rand Stoneburner, ancien épidémiologiste auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

- Si d’autres pays avaient suivi l’exemple de l’Ouganda, ce sont des millions de vies qui auraient été épargnées dans le passé et que l’on sauverait encore aujourd’hui.

Cette évolution résulte d’un changement de comportement de la population.

- Le génie de l’approche ougandaise du problème a consisté à ne pas tout miser sur les thérapies occidentales et le recours aux préservatifs, explique Edward Green, chargé de recherches à Harvard et membre du Comité consultatif présidentiel sur le SIDA. Cette stratégie, outre qu’elle ne coûte presque rien, démontre que, en faisant preuve de détermination et de clairvoyance, il est tout à fait possible de prévenir la maladie.

Assis sous un gros arbre, dans sa ferme, le président Yoweri Museveni m’a expliqué, par une métaphore digne de l’éleveur qu’il est, comment son pays s’attaquait au fléau :
- Si un lion s’introduit dans votre village, vous ne pouvez pas vous taire. Vous devez crier très fort, et c’est exactement ce que nous faisons.

Lorsque Museveni sortit de la brousse à la tête d’une armée rebelle, en 1986, il hérita d’un pays paralysé par quinze années de dictature, de terreur et de guérilla qui avaient fait plus d’un demi-million de morts. Routes, réseaux électriques, approvisionnement en eau et services sanitaires, tout était à reconstruire.

En même temps, des milliers de personnes mouraient chaque mois d’infections secondaires au SIDA, telles que la tuberculose et la pneumonie. C’est ainsi que Fiona, encore enfant, avait vu porter en terre cinq membres de sa famille victimes de la maladie.

- Les médecins me disaient que la maladie était incurable, confie Museveni, mais je fus soulagé d’apprendre que le virus est loin d’être aussi contagieux que celui du SRAS ou de la fièvre Ebola. Le SIDA est une maladie liée à nos comportements et qui se propage essentiellement lors de rapports sexuels non protégés. Dès lors que la population en était informée, elle pouvait l’éviter. Alors, nous le lui avons fait savoir.

Plusieurs fois par jour, un roulement de tambour – signal d’alarme traditionnel dans les villages – annonçait, à la radio et à la télévision, des bulletins d’information consacrés au SIDA et martelant des messages simples : « Cette maladie s’appelle le SIDA » ; « Elle se transmet lors des relations sexuelles » ; « Vous devez vous protéger » ; « Cela vaut-il la peine de mourir pour un rapport sexuel ? »

Le programme se résumait en trois mots : abstinence, fidélité, préservatif.

Ayant retiré le dossier aux hauts fonctionnaires de la santé pour s’en occuper lui-même, Museveni mit sur pied une cellule spéciale au sein de son propre cabinet.

Cette structure, nommée aujourd’hui Commission ougandaise de lutte contre le SIDA, était la première du genre. Sur ses véhicules, on pouvait lire le slogan : « Zéro-pâturage », ce qui, dans le langage imagé du président, voulait dire : « N’allez pas voir ailleurs. »

Ordre fut donné à tous les ministres et fonctionnaires d’évoquer le problème du SIDA dans leurs discours et, lors des grands rassemblements de population, Museveni en personne tonnait :

- Si vous mettez la main dans une fourmilière et que vous vous faites mordre par un serpent, à qui la faute ?

Toutes les strates de la société furent impliquées dans la divulgation de l’information – des équipes sportives aux groupes de musique pop et aux guérisseurs traditionnels.

- Je connaissais tout de la maladie à l’âge de onze-douze ans, raconte Julius. Lors de réunions d’information organisées au village, on nous a appris comment utiliser un préservatif, mais nous n’étions pas à l’aise avec la sexualité, tant la peur du SIDA était forte.

Le résultat de cette communication franche et directe fut stupéfiant.

- Les gens se sont réveillés et ils ont cessé de prendre des risques, explique Lawrence Marum, du Centre de contrôle des maladies aux Etats-Unis, qui a travaillé en Ouganda dans les années 90. Cette prise de conscience a entraîné un changement d’attitude complet là où c’était le plus important : la chambre à coucher.

Différentes études menées par des spécialistes en santé publique ont mis en évidence ces spectaculaires bouleversements. Dans un collège, la proportion de jeunes âgés de treize à seize ans déclarant avoir déjà eu des rapports sexuels est tombée, entre 1994 et 2001, de 61% à 5% pour les garçons et de 24% à 2% pour les filles.

- S’abstenir n’est pas toujours facile, reconnaît Fiona. J’ai eu beaucoup d’occasions de coucher avec un garçon, mais j’ai su resister.

La fidélité est devenue la règle dans le pays. En 1995, une enquête menée par les instances démographiques et sanitaires ougandaises chez les plus de dix-huit ans montrait qu’un peu plus de la moitié des sondés se déclaraient fidèles à leur partenaire. En 2000-2001, les hommes mariés affirmaient l’être à 97% et les épouses à 88%, les chiffres étant légèrement inférieurs chez les célibataires.

- Parmi les étudiants que je connais, près des trois quarts s’abstiennent ou sont fidèles, affirme Julius.

Au début de la campagne anti-SIDA, l’accès aux préservatifs n’était pas généralisé, et ceux-ci n’ont donc pas joué un très grand rôle dans la politique ougandaise, sauf parmi les groupes à haut risque, comme les prostituées.

- On nous dit que la survie de notre continent ne tient qu’à un bout de latex, déclara Museveni lors d’une conférence à l’OMS en 1991. Or, dans des pays comme le nôtre, où il arrive qu’une mère doive faire 30 kilomètres à pied pour trouver de l’aspirine et parfois plus de 5 pour aller chercher de l’eau, se procurer et utiliser convenablement des préservatifs peut rester un problème à jamais insoluble. Certes, ils ont un rôle à jouer, mais une politique de prévention ne peut reposer sur eux seuls.

Pour preuve : les pays d’Afrique où ils sont distribués en masse – tels que le Botswana et le Zimbabwe – sont ceux qui affichent aujourd’hui les plus forts taux de SIDA.

Pour faire face à l’accroissement des demandes de dépistage, une association de travailleurs sanitaires et sociaux a monté, dès 1990, un service spécialisé dans un hôpital. Ce premier Centre d’information SIDA s’est rapidement développé pour former un réseau comptant plus de 80 antennes. Dans les environs d’Entebbe, j’ai suivi William et Patience (1), venus pour subir un test sanguin. Durant la demi-heure passée à attendre les résultats, chacun a raconté son histoire à une conseillère.

Ils s’étaient rencontrés à l’église et étaient tombés amoureux, mais s’étaient abstenus de tout rapport sexuel, car l’un et l’autre cachaient un secret. William, jardinier de vingt-trois ans, avait eu, dans les années récentes, quelques aventures d’un soir avec des femmes, et Patience, jeune employée de maison de dix-neuf ans, avait été violée par son patron.

Lorsque les résultats arrivèrent, ils n’eurent pas le courage d’ouvrir l’enveloppe. C’est la conseillère qui dut les lire pour eux.
- Regardez, dit-elle, vous êtes séronégatifs, tous les deux.
Un fou rire nerveux traduisit leur soulagement…
- Maintenant, nous pouvons nous aimer sans arrière-pensée, conclut Patience.

Les personnes séropositives sont adressées à la TASO. Cette association de soutien, elle aussi animée par des bénévoles, lutte contre l’exclusion dont sont victimes les malades du SIDA et les aide à mieux vivre avec la maladie. Anne Kaddumukasa, qui travaille pour l’association et dont le mari est mort du SIDA, explique :

- Lorsque des personnes atteintes du VIH s’occupent d’autres malades, elles vivent et restent actives plus longtemps, soutiennent plus longtemps leurs familles et permettent à d’autres de tirer des leçons de leur expérience.

Dans les écoles, les classes reçoivent gratuitement des mensuels qui traitent de la sexualité. Ils sont édités en partenariat avec des émission de radio diffusées en cinq langues. Leur contenu est des plus directs.

- Les thèmes sont inspirés par les enfants eux-mêmes, explique Betty Karogo, vingt-neuf ans, responsable des journaux et des émissions.

Chaque semaine, elle ouvre 400 lettres d’adolescents qui posent des questions brûlantes, telles que : « Si je n’ai pas de relations sexuelles, mon pénis va-t-il cesser de grandir ? », « Est-il vrai qu’avoir des rapports sexuels protège des moustiques ? » ou encore : « J’ai été violée par mon voisin, dont la femme est morte du SIDA. Que dois-je faire ? »

Bien que son action soit saluée par les Nations Unies comme la plus grande réussite de l’Afrique, l’Ouganda doit faire face à de nombreux problèmes : 1 million de morts ont laissé 1 million d’orphelins, et, si le nombre de personnes infectées a baissé de deux tiers, pour atteindre aujourd’hui 5% de la population, ce chiffre doit être comparé à celui de 0,3% observé en Europe occidentale. Chaque jour, plus de 250 Ougandais sont contaminés.

Pourtant, la situation est encore pire dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne. Le président Museveni tente de comprendre pourquoi l’exemple de l’Ouganda est resté si longtemps ignoré par ses voisins.

- Le SIDA est intimement lié à la sexualité, et ils trouvent gênant d’aborder le problème, explique-t-il. Mais que vaut-il mieux : éprouver la gêne ou mourir ?

Le Kenya, où 700 personnes succombent chaque jour à la maladie, constitue un exemple flagrant. On y a vu des religieux brûler des préservatifs, dans un parc de Nairobi ; l’éducation sexuelle et la sensibilisation au SIDA étaient, récemment encore, interdites dans certaines écoles, et les pratiques traditionnelles à risque, telles que les excisions effectuées avec une même lame, ne sont pas découragées. Et le pire, c’est que les autorités ont pendant longtemps nié le problème.

Depuis l’accession à la présidence de Mwai Kibaki, en décembre 2002, le pays a placé le SIDA en tête des priorités. Aujourd’hui, les Kenyans s’activent pour ouvrir des centres de dépistage et mener des campagnes de communication dans les écoles, suivant en cela la voie de l’Ouganda. Et la même médecine « vertueuse » commence également à porter ses fruits parmi les plus jeunes générations de Zambie.

Au début, l’Ouganda a eu bien du mal à gagner à sa cause les organismes d’aide occidentaux, qui privilégiaient la distribution de préservatifs par « ponts aériens ». Depuis que les actions axées sur le changement des comportements en matière de fidélité ont démontré leur efficacité, les mentalités évoluent.

Et, selon Peter Piot, directeur exécutif d’ONUSIDA, « les actions comme celles menées en Ouganda nourrissent l’espoir que le monde n’est pas impuissant face à cette pandémie. »

(1) Leurs prénoms ont été changés

 

SIDA


COMPARAISON ÉLOQUENTE DE L'OUGANDA AVEC SES VOISINS :


Taux de prévalence chez les adultes (15-49 ans), fin 2001


OUGANDA : 5%

TANZANIE : 7,8%

BURUNDI : 8,3%

RWANDA : 8,9%

KENYA : 15%

MALAWI : 15%

AFRIQUE DU SUD : 20,1%

ZAMBIE : 21,5%

ZIMBABWE : 33,7%

BOTSWANA : 38,8%


Source : Report on the Global HIV/Aids Epidemic, UNAids (2002)